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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 12:17

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En février, Jean-Michel Reboul, 49 ans, s’est suicidé sur son lieu de travail, dans une usine de Berck. Depuis, sa veuve est en litige avec l’entreprise. Il y a trois mois, cette dernière lui a renvoyé les effets personnels de son mari… ainsi que la corde avec laquelle il s’est pendu.


Il y a d’abord eu le choc de la nouvelle. La visite des policiers à son domicile, en cette funeste matinée du 28 février. « Il a été retrouvé à 8 h 10 », explique Lysiane Reboul. Jean-Michel, ouvrier de production employé depuis 2001 dans cette entreprise de fabrication de fibres de textiles, avait pris son service à 5 h 50. Les deux autres salariés présents dans les locaux n’ont rien remarqué. Jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur collègue pendu dans le hangar où il travaillait.

D’après sa veuve, ça fait longtemps que Jean-Michel n’allait pas bien. « Il était harcelé par un de ses collègues depuis des années », affirme-t-elle, évoquant des brimades et des pressions. Elle explique qu’il avait déposé une plainte pour harcèlement six mois plus tôt. Même si ce n’est probablement pas le seul élément déclencheur de son geste (lire ci-dessous).

La reconnaissance du harcèlement

Depuis, pour Lysiane, c’est une nouvelle épreuve qui a commencé. D’abord pour faire reconnaître les faits de harcèlement : elle a déposé une autre plainte au commissariat, toujours en cours d’instruction. Elle se bat aussi pour obtenir la reconnaissance de ce suicide comme un « accident du travail », condition qui lui permettrait de percevoir 60 % du salaire de son mari et une rente pour son fils mineur. Mais dans son rapport, l’enquêtrice en charge du dossier pour la sécurité sociale n’a pas retenu cette qualification : le suicide serait, selon elle, lié à des facteurs extérieurs. « Et comme mon mari ne portait pas ses chaussures de sécurité, elle estime que ce n’était pas dans le cadre de son travail. C’est insensé », souffle-t-elle.

Pour tenter d’obtenir gain de cause, elle a écrit de nombreux courriers au directeur de l’entreprise. Elle a aussi insisté pour récupérer les effets personnels de son mari, qui se trouvaient dans son casier. « Le 13 juin, j’ai reçu un colis de 8 kg par livreur. À l’intérieur, il y avait un tee-shirt, des chaussettes, une trousse de crayons… et une corde. Vous imaginez le choc. »

Elle a appelé l’entreprise pour avoir des explications. Le patron a reconnu qu’il s’agissait bien de la corde ayant servi au suicide. Mais il a invoqué une bourde. « La police nous avait demandé de réunir les effets personnels de votre mari et la corde en cas de besoin pour l’enquête, écrit-il dans un courrier. Lors de votre demande, nous avons expédié le colis préparé sans en vérifier le contenu. Je vous renouvelle mes excuses, déjà exprimées par téléphone, pour cette importante maladresse. »

Mais Lysiane Reboul n’y croit pas : elle voit dans ce geste une « intimidation », comme celles que son mari subissait selon elle. Pas de quoi, en tout cas, apaiser sa douleur.

 

« Une erreur regrettable »

Pourquoi l’entreprise a-t-elle renvoyé à Lysiane Reboul la corde ayant servi au suicide ? Le directeur s’en explique : « Le casier de M. Reboul a été ouvert le matin même, en présence de la police, explique-t-il. Les enquêteurs voulaient vérifier s’il n’avait pas laissé un mot dans son casier. Ils n’ont rien trouvé. Ils nous ont ensuite demandé de garder les effets personnels de M. Reboul et les objets ayant trait au drame, pour pouvoir les mettre à la disposition des enquêteurs en cas de besoin. Notamment la sangle. »

Lorsque la veuve du défunt a insisté pour récupérer les effets de son mari, le directeur affirme que personne n’a vérifié le contenu des affaires avant d’expédier le colis. « C’est une erreur regrettable et j’ai eu l’occasion de présenter mes excuses à Mme Reboul, à l’oral puis par écrit. Il n’y avait aucune intention malveillante, même si une telle maladresse ne peut évidemment laisser indifférent. »

Pour le reste, le directeur reconnaît que des tensions ont existé entre Jean-Michel Reboul et un collègue, « mais nous les avions réglées depuis longtemps ». Il précise ne jamais avoir été informé d’une plainte pour harcèlement. SY. D.

 

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Publié par Nadege Mambe - dans société
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